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Photos de Bretagne de la Presqu'Ile Guérandaise, La Turballe par Thierry Weber

Décrocher la lune....Texte et graphisme Julien Weber

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La petite vague qui avait le mal de mer ...<br /> A Julien ....<br /> Il était une fois une petite vague perdue au milieu de l'océan, unepetite vague de rien du tout, quelques centimètres de haut, à peine plus large, unepetite vague insignifiante et anonyme, ressemblant comme une goutte d'eau aux millions depetites vagues voyageant sur les mers depuis des millions d'années au gré des vents etdes marées.Mais, vous vous en doutez, si je vous raconte ici son histoire, c'est qu'elleétait différente de ses petites sœurs. Pas physiquement, non, mais dans son petitcœur de petite vague, cette petite vague avait bien du vague à l'âme.Son papa et samaman étaient deux grosses vagues énormes et rugissantes, deux magnifiques déferlantesqui s'étaient croisées une nuit de tempête, l'abandonnant aussitôt née à son destinde vaguelette, orpheline et désemparée. Son père avait été plus tard emporté dans unouragan, s'était accroché à un cyclone et, dans un tonnerre d'écume et de vent, étaitparti ravager les terres les plus proches d'où il n'était jamais revenu.Sa mère,poussée par un vent du nord, connut une fin tout aussi aventureuse mais bien plussympathique. Les courants marins la portèrent jusqu'aux côtes d'un pays si chaud qu'elles'évapora, monta au ciel en millions de gouttes d'eau et, après avoir voyagé dans ungros nuage lourd, retomba en pluie sur des terres arides où, la vie, absente par manqued'eau, revint bientôt.Depuis des siècles qu'elle ondoyait à la surface de l'eau, avecpour seule compagnie l'écume et le vent, avec pour seul horizon l'horizon, pour seulspectacle celui du jour se levant et du soleil couchant, la petite vague s'ennuyait àmourir et ne supportait plus de vivre au milieu de l'océan. Bref, la petite vague avaitle mal de mer.Elle avait bien eu parfois, des années auparavant, la visite de quelquesbaleines venues percer la surface de l'eau, dans un grand geyser d'écume et des milliardsde gouttes d'eau s'éparpillant dans le ciel comme une pluie de diamants, mais lesbaleines chassées par les hommes avaient bientôt disparu elles aussi.Sa vie s'écoulaitmonotone. Au fil des jours de calme plat ou des nuits de tempête, la petite vagueattendait vaguement, sans trop y croire, un miracle météorologique qui l'emporteraitvers d'autres cieux. Elle redoutait par-dessus tout ces nuits de pleine lune où l'océandevient lisse comme un miroir, où même le vent ne chante plus, où les vagues petites etgrosses s'aplatissent jusqu'à se confondre en une immense étendue d'eau infinie,immobile etsans vie.Elle n'aimait pas non plus la houle qui la faisait rouler, craignaitles ouragans qui la malmenaient et se méfiait des mers démontées ou hachées quirisquaient de la séparer de ses amies, les petites vagues insouciantes quil'accompagnaient, insensibles, elles, au vague à l'âme et au mal de mer.La petite vaguen'avait jamais vu un bateau.La petite vague n'avait jamais vu un baigneur, ni le moindrepédalo, jamais vu le bord de l'eau.La petite vague en avait par-dessus la crête depasser sa vie à faire des vagues, la petite vague écumait de rage de n'avoir jamais vula plage.Elle rêvait qu'un vent malin viendrait un jour la conduire sur le sable doréd'une plage ensoleillée. Ah, enfin pouvoir rouler, chanter, rebondir et me briser sur lesgalets, songeait-elle, venir chatouiller les doigts de pieds des enfants, entendre leurscris à mon approche, aller, venir, descendre et remonter, m'éparpiller au milieu descoquillages, des algues et des petits poissons argentés, me reformer en grondant pour derire, en faisant semblant d'attaquer, et repartir en emportant un ballon oublié, et puisle ramener dans un tourbillon de mousse et d'eau salée. La petite vague pensait auxvacances qu'elle ne connaitrait jamais. Lorsqu'une grosse vague, à quelques brassesd'elle, cria "Terre à l'horizon !".La petite vague n'en crut pas ses oreilles.Elle se précipita vers sa grande sœur, se hissa sur son dos et distingua vaguementà l'horizon la ligne sombre d'une terre inconnue. Elle recommença l'opération unedeuxième fois, puis une troisième. À chaque fois, un élément nouveau lui apparut. Uneville, un port, une plage. Les courants maintenant la tiraient vers la côte, lacharriaient comme un fétu de paille poussé par le vent. Elle sentit bientôt son eau seréchauffer et l'air marin se charger des odeurs de la terre.Pour la première fois de savie la petite vague respira le parfum des forêts, des villes et des campagnes, desanimaux et des hommes.Elle en fut d'abord émerveillée, puis l'émerveillement fit placeà l'étonnement, enfin à la déception. Les odeurs nauséabondes de gaz carboniquequ'elle découvrait lui rappelaient étrangement celles des nappes de pétrole qu'elleavait parfois croisées dans sa longue vie de petite vague au milieu de l'océan.Et commeelle pensait à cela, déterminée malgré tout à atteindre cette plage dont elle rêvaitdepuis si longtemps, elle rencontra une de ces nappes de pétrole dérivant au fil del'eau, au gré des courants, et s'y englua. Elle réussit à s'en échapper après biendes efforts, aidée par un courant ami qui l'emmena bientôt presque au bord de laplage.Des enfants s'y amusaient. Des adultes allongés, immobiles, semblaient y dormir,insouciants du soleil qui leur brûlait la peau. Des chiens couraient, des mères criaientaprès leurs enfants, des papas après maman, des adolescents faisaient hurler leurstransistors et des baraques à frites enfumaient le tout d'une odeur d'huile chaude qui semêlait à celle dont les corps étaient enduits. La petite vague ralentit son avance.Elle rencontra bientôt une eau saumâtre, mais personne ne lui dit qu'il s'agissait deségouts de la ville qui se déversaient là. Elle croisa quelques bouteilles en plastique,des sacs poubelle, des détritus de toutes sortes, fut presque coupée en deux par un grosmonsieur rougeaud hissé sur une planche à voile, avant de s'échouer enfin au bout deson voyage, au bout de son rêve, sur le sable grisâtre de la plage au milieu des tessonsde bouteille, des capsules de bière et des châteaux écroulés des enfantsagités.Jamais le vague à l'âme de la petite vague n'avait été si grand. Ell" nes'attarda guère sous les pieds palmés. Quelques aller retour à brasser les ordures etelle s'en fut dans le sillage d'un bateau à moteur qui frôlait les baigneurs, rejoindrele grand large qu'elle regrettait déjà d'avoir quitté.Alors qu'elle longeait la côte,suivie de près par quelques amies vaguelettes aussi déçues qu'elle par lafréquentation des humains, elle entendit, venant de la terre, des petits cris stridents,à peine perceptibles, presque des sifflements. Ils n'avaient rien de commun avec les crisdes enfants braillards de la plage. La petite vague avait déjà entendu ces cris quelquesannées auparavant, peut-être quelques siècles. Un jour que des dauphins étaient venusla frôler, courir sous elle, jouant dans son écume, brisant sa crête de leurs aileronspointus. Comment les cris d'un dauphin pouvaient-ils venir de terre ? la petite vague sedirigea de nouveau vers la côte, guidée par les sifflements, comme un navire perdu dansla nuit est guidé par la lueur du phare.Derrière une digue se dressaient les hauts mursd'un Marineland. La petite vague ignorait qu'on enfermait des orques et des dauphins dansdes bassins pour le plaisir des petits terriens. Mais il ne fut pas nécessaire de luifaire un dessin: elle comprit vite que des créatures marines étaient prisonnières ici.A l'instant où, provenant distinctement de derrière ces murs, les sifflements reprirent,elle vit bondir en l'air un magnifique dauphin gris argenté qui, après avoir semblés'immobiliser une fraction de seconde dans le ciel, retomba dans un grand"splatch" dans son bassin-prison. Un tonnerre d'applaudissements accompagna lapirouette.<br /> Renaud
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M
bravo et félicitations à Julien.<br /> mjk
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